31 mars 2026
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Tendances et dynamiques du financement des entreprises - T1 2026

To The Point
(5 min read)

Le marché du financement des entreprises au T1 2026 reste globalement bien orienté, avec un accès au crédit bancaire plus fluide et en amélioration par rapport à fin 2025. On observe toutefois des tensions persistantes, notamment liées aux difficultés de refinancement de certaines dettes LBO et immobilières, ainsi qu’un durcissement de la documentation. La dette privée continue de gagner en importance, dans un environnement marqué par une forte incertitude et une sensibilité accrue aux politiques monétaires.

L’équipe Finance d’Addleshaw Goddard publie chaque trimestre une analyse des principales tendances et dynamiques du financement des entreprises. Ces observations s’appuient directement sur notre expérience auprès des directions financières et juridiques que nous accompagnons dans la structuration et la négociation de leurs financements.

État du marché

  • Marché du financement des entreprises : il reste bien orienté au T1 2026, avec un accès au crédit bancaire globalement fluide et en amélioration par rapport à fin 2025. Une majorité d’ETI continuent d’obtenir leurs financements dans de bonnes conditions, avec un taux de satisfaction élevé des demandes. Le marché reste toutefois très différencié selon le profil de crédit, les conditions étant nettement plus exigeantes pour les entreprises les plus exposées. Les marges sont orientées à la hausse avec une dispersion accrue selon le risque (IG/BB+ environ 45–65 bps).
  • Bâle III – évolution US : l’assouplissement en cours de Bale III pourrait accroître la capacité de bilan des banques américaines et renforcer leur compétitivité sur les financements large cap et LBO.
  • Rebond des intentions d’investissement des PME/ETI, malgré des contraintes persistantes liées au remboursement des PGE et aux pressions sur la trésorerie (matières premières, change).

Tensions et difficultés

  • Refinancing gap : difficulté à refinancer certaines dettes LBO 2020–2022 et immobilier, avec des niveaux de levier devenus incompatibles avec les conditions actuelles → recours accru à equity cures, PIK ou restructurations.
  • Documentation plus contraignante : retour de négociations dures sur covenants, baskets et clauses de transfert, avec un rééquilibrage en faveur des prêteurs.
  • Dette privée – signal US : hausse des défauts sur le marché américain, entraînant une vigilance accrue en Europe et un resserrement des conditions d’octroi.
  • Marché Euro PP toujours en retrait, avec des investisseurs sélectifs ; alternatives (dette privée, Schuldschein) utilisées de manière opportuniste.
  • Dépendance accrue aux fenêtres de marché pour les émissions obligataires, avec une volatilité pouvant retarder ou modifier les opérations.

Contexte politique

  • L’environnement : marqué par une incertitude élevée, avec des effets directs sur les conditions de financement.
  • BCE : la BCE n’exlut pas une hausse des taux. Objectif de ramener l’inflation à 2% à moyen terme.
  • Fed : maintien de taux élevés plus longtemps que prévu (“higher for longer”), avec un impact indirect sur le coût global du financement et les flux de capitaux.
  • Divergence relative des politiques monétaires, contribuant à un euro fort et à une volatilité accrue des marchés.
  • Sensibilité accrue des marchés aux communications des banques centrales, renforçant l’importance des fenêtres d’exécution.
  • En conséquence, les entreprises privilégient une gestion active de leur dette (refinancement anticipé, couverture de taux) dans un environnement encore incertain

Autres tendances du financement

  • Dette privée : montée en puissance structurelle de la dette privée, avec des volumes en forte hausse et une part croissante des refinancements (≈ 40 % des opérations), confirmant son rôle central dans le financement des PME/ETI.
  • ESG : recours maintenu mais plus sélectif, avec exigences accrues (KPIs, reporting, taxonomie) et arbitrage fréquent en faveur de financements classiques en cas de contraintes de timing.
  • Structurations plus hybrides et pragmatiques (PIK, preferred equity, earn-outs) pour combler les écarts de valorisation.
  • Real estate finance : marché toujours sous tension, avec retrait des banques traditionnelles sur certains actifs (bureau notamment) et montée de la dette privée. Refinancements complexes, exigences accrues en LTV, cash sweep et sponsor support.

Europe

  • CSRD / paquet “Omnibus” (février 2026) : révision majeure du cadre de reporting durabilité avec allègement des obligations (relèvement des seuils, réduction du périmètre et simplification des exigences), visant à restaurer la compétitivité européenne.
  • Marché dominé par le refinancement : faibles volumes M&A/LBO mais activité soutenue liée au mur de dette 2026–2028, avec une priorité donnée à l’extension des maturités.
  • Retour des banques : réengagement sélectif des banques sur les meilleurs dossiers (notamment large cap), avec une pression concurrentielle accrue face aux fonds de dette.
  • Fragmentation des conditions de financement : forte dispersion entre juridictions et secteurs (immobilier, Allemagne et Nordics plus affectés), avec des approches crédit plus conservatrices.

Actualités juridiques

  • Legal privilege (loi n° 2026-122 du 23 février 2026) : introduction en droit français d’une confidentialité des consultations des juristes d’entreprise, désormais protégées dans les procédures civiles, commerciales et administratives, sous conditions strictes (qualification, mention formelle, destinataires limités).
  • Crypto-actifs – nantissement (HCJP, février 2026) : publication par le Haut Comité Juridique de la Place Financière de Paris d’un rapport proposant le projet de décrets relatifs au nantissement et au transfert de propriété de crypto-actifs, visant à préciser le régime introduit par la loi de 2025, afin de sécuriser juridiquement l’utilisation des crypto-actifs comme sûretés.

Actualités comptables / IFRS 18 

  • IFRS 18 (entrée en vigueur 2027) : refonte de la présentation des états financiers (remplacement d’IAS 1) avec une modification de la définition de certains indicateurs financiers (résultat d’exploitation, nouvelles catégories exploitation / investissement / financement) et encadrement des indicateurs alternatifs (dont EBITDA).
  • Impact direct sur les financements : modification potentielle des agrégats utilisés dans les covenants (notamment ratios de levier), pouvant entraîner des écarts mécaniques et nécessiter une revue des documentations existantes, renégociations ou waivers.

Prochaines étapes

Pour toute question ou demande complémentaire, n'hésitez pas à contacter notre associé.